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De sexiste à féministe, une histoire de migration

Mis à jour : févr. 5

J'entends souvent que la vie d’entrepreneur.e est mouvementée, avec des hauts et des bas qui changent assez rapidement. Alors quand tu décides de créer ton entreprise avec un propos qui te touche personnellement, il y a des jours très inspirants, où tu as envie de croire que les choses avancent et que, même à toute petite échelle, chaque effort compte. Des mots d’encouragement, des messages bienveillants et des likes plein d'amour qui font un bien fou. Puis, il y a des jours où le côté pervers des réseaux sociaux prend le dessus. Des commentaires méchants et méprisants qui te poussent presque à tout abandonner - alors que tu ne viens que commencer ! Attention, je ne parle pas spécialement des ces trolls sur Facebook, avec une photo de profil chelou, assez caricaturale.


Je parle des mamans (je n'ai pas encore vu des papas s'acharner sur le sujet), qui ont l'air bien réelles et qui paniquent à l'idée de ne plus pouvoir différencier les sexes des bébés ou revendiquent d'une façon assez virulente le droit d'habiller leur filles en rose et paillettes. Parce que “il y en a marre de cette histoire de genre”. 


Quand je lis ces commentaires, j'ai l'impression de voir des gens de la Manif pour tous qui sautent par mon écran. D’ailleurs, à quel moment on continue de banaliser ces gens qui sortent dans la rue pour décider sur la famille, les rapports sexuels et l'amour de l'autrui ? 



Au delà du fait que ces réactions viennent des femmes, ce qui me touche le plus c’est leur incompréhension. On dirait qu’il y a comme une envie de ne pas vouloir comprendre. 


Unune est une marque, on adhère ou on n’adhère pas. Aussi simple que ça. Je n’impose rien, j’invite à la réflexion et donne un choix de consommation - apparement je me fais beaucoup de pognon aussi ! :)


Le fait est, ce n’est pas toujours évident de se retrouver face à ce genre de commentaire. Mais, si je m’étais résignée à penser que “de toute façon les gens ne changeront pas”, je n’aurais jamais lancé Unune. 


Bien sûr, quand tu passes des heures à expliquer à un.une enfant que les couleurs n’ont pas de genre et que le lendemain cet enfant sort de l’école avec des nouvelles idées reçues sur le genre, ça donne envie de tout laisser tomber. Ou quand tu donnes tout et que tu sors même des chiffres sur l’inégalité pour argumenter que les femmes subissent plus les conséquences des constructions sociales et on te dit que “ il ne faut pas exagérer, dans ma boîte il y a plus de femmes et j’ai jamais vu/vécu une situation sexiste”, ça donne envie de tout lâcher  - et aller pleurer dans un coin ! C’est à ce moment précis qu’il ne faut pas lâcher par peur d’être radical.e. Si être radical.e c’est arrêter de relativiser, assumons notre radicalité.




Je dis tout ça, parce que j’étais sexiste moi-même. Je sais à quel point parler du sujet est important. C’est parce que j’ai eu la chance de changer de pays, m’informer, ouvrir mon esprit que je peux aujourd'hui défendre ce concept avec autant de conviction. 



J'ai grandi dans un pays assez paradoxale. En parlant du Brésil, c’est le moindre que l’on puisse dire. On a une image de la femme libre, de la liberté des corps. C’est tout le contraire. Les femmes brésiliennes sont emprisonnées dans leurs corps qui doivent être parfaits - ce qui signifie assez musclés. Ce culte du corps n’est pas exclusivement féminin, certes. La pression pour qu’une femme soit "parfaite" en maillot de bain est, néanmoins, incomparable. J’ai vu des amies ne pas aller à la plage par honte de montrer son corps. J’en connais très peu qui publient une photo en maillot de bain parce qu’elles se jugent - #metoo Le compliment ultime sur Instagram est quelque chose comme: “wow, ce que tu as minci”. 


Un pays où le topless est interdit par la loi - vu le regard sexualisé sur nos corps j’ose dire que ce n’est pas plus mal, alors qu’il y a les défilés de Carnaval avec des corps nus diffusés à la télévision. Un exemple concret de la complexité de la société brésilienne. 


Alors quand j’arrive en France pour m’installer définitivement en 2012, je ressens cette première différence, le rapport au corps. Il y a quelque chose de plus naturel ici. La façon dont on s’habille, le sport comme un loisir et non pas une obligation, et même le rapport à la nourriture, beaucoup plus paisible. Au Brésil, tout est lié à la quête de ce corps "parfait". 


Je ne dis pas que les femmes françaises ne subissent pas une dictature de la minceur. Ce n’est pas pour rien que j’ai créé Unune ici. Je donne seulement des éléments de comparaison qui ont été importants dans mon changement de vision.


Alors, je continue. Au pays du foot (oublies un peu les dernières Coupes du Monde stp), où les femmes vont aux stades régulièrement et en ont toutes un club de cœur, mais les journalistes sportives subissent le sexisme constant de la part des supporteurs. Où la vedette d'un club de chez moi (THE club, Grêmio) s’est fait insulter pendant plusieurs jours sur les réseaux parce que ses nouveaux crampons étaient roses ! Définitivement, il n’y pas beaucoup de place pour la tolérance.



Pour terminer, je pense à la charge mentale. Au Brésil on commence seulement à en parler. Un décalage qui me paraît assez logique finalement. J’en ai vu souvent des papas qui sortent leurs enfants tous seuls, par exemple. Au Brésil, la nouvelle génération des parents a commencé à avancer sur certains points. Mais le papa aura toujours le droit aux compliments. Il sera nommé LE papa de l’année parce qu’il “aide énormément”. 


Je pourrais écrire pendant longtemps. On n’est pas là pour choisir le meilleur pays. On ne va pas ouvrir les compteurs de féminicide et voir qui gagne la médaille des violences faites aux femmes. C’est affreux de toute manière et les deux pays sont beaucoup plus complexes que cet article.


Je partage mon ressenti car, après y avoir vécu 24 ans, je suis moi-même la preuve qu’on peut changer nos mentalités. Pour moi, la France fait partie de ce changement. C'est ici que j'ai pu prendre du recul et comprendre à quel point je pouvais être sexiste.   


J'ai été enfermée moi-même dans les diktats de la beauté féminine (et ça reste difficile de m’en débarrasser). J'ai déjà insulté des nanas d’allumeuses et pensé qu’une femme (ou moi) était obligée d’aller jusqu’au bout parce que “ce n’est pas sympa de chauffer un mec pour dire non à la fin”. Pendant longtemps, j'ai jugé d’autres femmes par leurs habits. J’ai pensé que travailler avec des femmes était plus compliqué, “ça fait toujours des histoires”. Moi aussi, j’ai changé de tenue quand j’étais ado parce que mon frère n’était pas d’accord avec ma jupe trop courte. Des préjugés du sexisme ordinaire qu’on absorbe et qu’on aide à disséminer à chaque jour. Mais j’ai changé. Mon frère a beaucoup changé. 


Grâce à l’information, à la lecture, aux échanges et aux réseaux sociaux. Oui, les réseaux. De cette même toile d’où sortent les commentaires cauchemardesques, on retrouve beaucoup d’échange intéressant, du partage et des réflexions extrêmements riches aussi. 


Une ouverture qui fait du bien. Mais, qui peut être fatigante parfois. L’ignorance est tellement confortable. J’ai l’impression que je souffrais moins quand je faisais partie de ce système sans trop y réfléchir. Mais, si je pouvais choisir, je ne reviendrais pas en arrière. Alors même quand tu es épuisé.e et quand on te dit que t’es "trop" féministe, comme si c'était un vilain défaut, en vrai, qu’est-ce que ça peut te faire ? Une fois émigré.e, tu ne peux plus revenir au point de départ. Pas de la même manière en tout cas. Heureusement ! 


Merci d'avoir lu jusqu'au bout !

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*Sois indulgent.e envers mon écriture en français, j'ai appris cette langue merveilleuse beaucoup plus tard que toi, tu sais :)


Pour regarder l'interview de la chanteuse Hoshi par Simone Média c'est par ici

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