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Ces injonctions qu'on ne peut plus normaliser

Dès les premiers jours de confinement on se fait submerger par une vague d'injonctions faites aux femmes. Des vidéos et des articles sur les médias, des memes sur les réseaux. On a douté de notre capacité à tenir le coup sans sortir pour se faire épiler. On a questionné les kilos en trop à la fin de la quarantaine. Les kilos, ces ennemis ultimes des femmes. 


Pour revenir aux poils, ou plutôt leur absence obligatoire des corps féminins, voilà encore une construction sociale. Il suffit de regarder un peu l’histoire et l’évolution des normes sociales pour voir à quel point l'acceptation des poils a changé au fil des siècles.



En raison de cette pression socio-médiatique, j’ai commencé à réfléchir à mon évolution personnelle, de l’adolescente à la femme. Comme j’ai évoqué ici, je n’avais pas cette conscience il n’y a pas si longtemps. Il me semblait naturel de s’épiler - en écrivant le mot naturel je vois la dichotomie de son emploi. Alors écrire en première personne n’est pas seulement question d’ego. 


En y réfléchissant, j’ai découvert que personne ne m’a jamais dit clairement qu’il fallait enlever mes poils. Ma mère ne m’a rien proposé, encore moins imposé. Pas le moindre conseil sur tous ces sujets considérés féminins. Tant mieux, d’ailleurs ! Je ne l’ai jamais vu sortir de chez nous pour se faire épiler non plus. Bref, les choix épilatoires de ma mère n’ont pas beaucoup d'intérêt dans ce récit. 



Je n’ai pas été victime de bullying parce que j’avais les jambes poilues non plus...Peut-être aussi parce que j’étais plus du côté de celleux qui faisait des blagues sur les autres. Pas de quoi en être fière, je sais. Si ça peut rassurer, j’ai toujours détesté les injustices et m’entendait bien avec tous le groupes...alors bon, je n’étais pas la plus méchante non plus.


Pendant cette période, je lisais des magazines pour fille. Il n’était pas question qu’un garçon, un vrai quoi, s’intéresse par Capricho (le magazine brésilien des ados des années 2000). Pas de détails sur les horreurs de cette review. Une chose est sûre, on n’y voyait aucun poil et je commençais à découvrir le côté moins drôle d’être une femme, une vraie quoi.



L'année 2000, ou l'origine des chokers

Puis, à 14 ans, je suis une amie chez une esthéticienne pour me faire épiler les jambes pour la première fois. Je ne sais pas exactement comment on arrive à ce RDV, mais on avait LA soirée de fin du collège. Je me rappellerai toujours de cette douleur, derrière le mollet. Cette impression que ma peau allait se déchirer complètement. J’ai toujours été assez forte pour la douleur pourtant. Plus jamais d’épilation à la cire pour mes gambettes. Depuis, c’est le rasoir et tant pis s’il faut le refaire un jour sur deux. Pour le maillot, en revanche, pas de trauma. Je devais être plus âgée et consciente de ma place de femme. Une femme qui prend soin d'elle, une femme épilée quoi.



Sans blague, ça fait super mal ! Mais on déteste tellement ces poils et surtout, on a cette peur bleu que les autres les détestent. Cette peur ne pas plaire, de paraître négligée, sale. Finalement, ça vaut le coup.



Avant, une femme (ou moi) poilue me dégoûtait presque. Des poils sur des aisselles ? "Ce n’est pas féminin. Et surtout, pas très hygiénique." Bizarrement, ce vieil argument ne s’applique pas pour les corps masculins. "C’est moche et on a le droit de ne pas aimer une femme avec des poils."



En fait, non. Tu as le droit d’avoir des préférences, même de l’ordre physique, bien sûr. Tout comme, tu as le droit d’aimer le vin rouge et pas le blanc, de manger du chocolat noir plutôt que du chocolat au lait. Petit problème, ce débat ne devrait pas tourner autour des préférences. Depuis que le féminisme a croisé ma route, j’ai commencé à comprendre que même cette haine des poils a été construite.


Ce n’est pas une simple question de “goût”. Parce que ces goûts, dit personnels, sont normés. Nos préférences sont influencées par une norme. D’où l’importance d’avoir une clarté sur ces injonctions. D’essayer de comprendre que cela a été construit. Personne n’a créé une loi pour les poils (du moins je l’espère, on ne sait jamais), mais, à force d’avoir les mêmes images, les mêmes exemples, on finit par les incorporer. 



Alerte injonction sur la minceur

Alors toute la question est de s'interroger, surtout les femmes. Est-ce que je m’épile parce que ça me dégoûte ou parce que j’ai peur de dégoûter l’autre ? Et si ça me dégoûte réellement, est-ce que c’est normal ? C’est notre corps après tout.  


Encore une fois, si ça me fait du bien d’avoir des jambes épilées, j’ai bien évidemment le droit de le faire. Personnellement, je le fais parce que je les préfère comme ça. J’aime bien ! Mais je commence à changer mon regard sur les aisselles, par exemple. L’important est de savoir pourquoi je le fais et pour qui. On peut aussi vouloir faire plaisir à une personne, si cela part d’un choix strictement personnel. Tout l’enjeu est là. 


On ne m’a jamais dit explicitement d'aller m'épiler. Comme personne ne m’a jamais dit que j’étais moins intelligente ou moins capable qu’un garçon. On n’a pas besoin de le dire à voix haute. La façon dont notre société a construit ces codes et les renforce tous les jours suffit. On connaît ces normes, on les a assimilées.




Injonctions et éducation


Et parce que ces normes sont bien ancrées, pour protéger les enfants, la majorité des parents suivent une éducation normée. Il y a une évolution. Le mouvement pour l’empowerment des filles est réel. Et l’inverse ? 



Est-ce que le fait que les garçons ne souffrent pas des ces mêmes injonctions les fait totalement libres ? Je ne pense pas. Sur le reportage de RTBF Webcréation, disponible ici, Lauriane raconte l’histoire de son fils, Noah, qui aime porter des robes. L'éducation non genrée n’a pas été une démarche réfléchie par le couple. Les parents ont décidé de le laisser s’exprimer librement. Tout simplement. 


Laisser le choix à son fils ou le protéger d’une possible souffrance en dehors du cocon familial ? Je n’ai pas la réponse exacte. Mais son histoire, racontée avec tant d’amour et de bienveillance me fait penser qu’avec l'intention de protéger les enfants, on finit par stagner. On contribue à perpétuer ces injonctions et on continue d’éduquer de façon sexiste. Comme quand je préfère m’épiler les aisselles par peur du regard des autres, ou de devoir me justifier.


Est-ce qu’on a vraiment à nos justifier ? Non, mais le sexisme est devenu tellement ordinaire qu'il est plus simple de se taire. 



Merci d'avoir lu jusqu'au bout !

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Sois indulgent.e envers mon écriture en français, j'ai appris cette merveilleuse langue beaucoup plus tard que toi, tu sais :)


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